Congrès de l’Afrique/Madagascar sur la Miséricorde Divine.

Written by on septembre 30, 2016

Miséricorde et Famille
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Kigali 9-15 septembre 2016

Jésus disait à la foule : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et vous recevrez : une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous » (Luc 6, 36-38).
Retenons cette dernière phrase : « … la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous ». Le Dieu de la miséricorde nous invite à être aussi généreux en pardon qu’Il l’est Lui-même. Le Christ s’est fait proche de nous en partageant humblement notre condition humaine afin de nous relever du péché. Il a manifesté la miséricorde du Père en nous révélant qu’en recevant le baptême nous sommes déjà pardonnés. Un pardon que nous avons à notre tour à offrir charitablementet à exercer en famille, c’est-à-dire à ceux qui nous sont les plus proches et avec lesquels nous avons à apprendre à vivre et à aimer.
La famille est le lieu par excellence où s’apprend le sens de la miséricorde. Elle est une Église domestique[1]dans laquelle le Christ est présent pour le célébrer, pour la sanctification de ses membres et pour annoncer la Joie de l’Évangile[2]à l’intérieur et à l’extérieur de la famille.
Dans mon exposé, je voudrais réaffirmer (Ch. 1) que le Christ est ainsi au centre de la vie familiale comme aime à le dire le Pape François[3]. Puis souligner (Ch. 2) les divers aspects du contexte familial et de ses nécessités. Et enfin (Ch. 3) savoir nous en remettre à Jésus afin d’apprendre à aimer et à développer le sens de la miséricorde divine au sein de nos familles qui ont souvent besoin du pardon et de la réconciliation.
Chapitre 1 – Le Christ est au cœur de la vie familiale
Pourquoi le Christ est-il au cœur de la vie familiale ? Au moins pour trois raisons : Il vient nous révéler le sens de l’amour, nous invite à en vivre dans la miséricorde et Il est la mesure de tout comme le souligne saint Luc.
1 – 1 Le Christ est la mesure de notre vie
Tous les secteurs de nos vies sont concernés par la Joie de l’Évangile, à commencer par la vie conjugale dont procède la vie familiale. C’est bien dans le lien matrimonial scellé dans le sacrement de mariage, enracinant ainsidans l’amour de Dieu, que se déploie la vie familiale : l’amour de Dieu devenant la mesure de l’amour humain. Il est un critère déterminant là où nous pouvons user de critères mondains : la passion des sentiments, la richesse, la réussite professionnelle et économique, la multiplication des relations sociales et amicales, la possession de divers biens qui, s’ils ne sont pas négligeables, ne sont pas, pour autant décisifs. La vraie question à se poser est de savoir si nous croyons que le Christ est la mesure pour réussir notre vie ? Il a été envoyé par le Père pour le salut de tous les hommes et nous apprendre à vivre dans la vérité de l’amour. Sommes-nous disposés à suivre et à vivre non seulement son enseignement mais aussi à être dans une relation intime avec Lui pour renouveler ce sens de l’amour qui va jusqu’à exercer la miséricordedivine ? Il en va du salut de nos âmes.
1 – 2 Le Christ nous appelle à nous sanctifier
Nous sommes invités à prendre au sérieux la parole de salut du Christ afin d’être sanctifiés et sauvés. Mais les objectifs qui nous sont proposés sont tellement au-dessus de nos forces, comment pouvoir les atteindre en nous reposant sur nous-mêmes ?Comment être aussi miséricordieux que Dieu Notre Père ? Évidemment cela est impossible à portée humaine. Dieu ne veut pas nous entraîner dans des impasses en nous laissant livrés à nos seules forces. C’est pourquoi nous sommes invités à nous tourner vers Lui afin d’avoir l’intelligence du sens de sa parole et recevoir la grâce de vivre de sa miséricorde. Dieu nous a donné son Fils unique pour notre salut par amour pour nous. À notre tour nous devons apprendre à aimer et à être miséricordieux à son image en recevant la force de l’Esprit Saint car, répétons-le, par nous-mêmes,c’est une mission irréalisable. Son assistance nous sera toujours offerte si nous restons attentifs et ouverts à la puissance de sa grâce.
1 – 3 A l’image du Christ sachons user de la mesure de la miséricorde
Reconnaissons-le,nous sommes pécheurs lorsque nous refusons ou que nous oublions de nous inspirer de la parole de Dieu. Sans cette ouverture divine, nous commettons le mal et nous meurtrissons souvent les autres. Nous pensons, à tort, que les autres ne nous en tiendront pas rigueuret nous espéronsqu’ils ne se souviendront pas du mal que nous avons commis. Et pourtant, le Christ nous appelle à savoir pardonner et à savoir demander pardon. Une double démarche qui n’est pas facile à réaliser surtout lorsque, nous-mêmes, nous avons été offensés, trompés et humiliés par des médisances. C’est un aspect des plus sensible dans la vie familiale, sociale, amicale et professionnelle.Nous sommes convoqués pour être miséricordieux en sachant pardonner les offenses comme Dieu nous pardonne à travers son Fils.
La mesure de la miséricordeest généreuse et abondante puisqu’elle est sans limite.Ne soyons pas naïf, le pardon est sans doute l’une des exigences évangéliques la plus difficile à vivre aussi bien pour demander pardon à Dieu dans le sacrement de la Réconciliation que dans le pardon à donner lorsque nous avons été blessés et gravement blessés par une personne. Il y a ainsi des familles qui sont très atteintes par des conflits, des jalousies et des médisances pour lesquelles il faudra du temps pour se relever et donner son pardon. Dans les cas extrêmes, un pardon qui, avec le temps, pourra être accordé tout en sachant que la relation a été et reste nocive. Prier et pardonner à ses ennemis, ne signifie pas pour autant que l’on pourra reprendre humainement un commerce relationnel, mais spirituellement cesera une façon d’être en paix avec l’autre et de le laisser dans la paix. Nous ne serons ni dans la rancune, ni dans le ressentiment, ni dans la vengeance, mais dans l’espoir que l’autre poursuive son existence dans la vérité de l’amour de Dieu.
Le Pape François nous rappelle cette exigence qui est un chemin de conversion : « Le pardon est, avant tout, ce que nous-mêmes recevons de Dieu : seule la conscience d’être pécheurs pardonnés par l’infinie miséricordedivine peut nous rendre capables d’accomplir des gestes concrets de réconciliation fraternelle. Si une personne ne se sent pas pécheur pardonné, elle ne pourra jamais faire un geste de pardon ou de réconciliation. On commence à partir du cœur où l’on se sent pécheur pardonné »[4].
Forts de cet appel à la miséricordedivine, comment celle-ci éclaire t’elle le sens de la famille ?
Chapitre 2 –Le contexte de la vie familiale
La famille a toujours eu besoin d’avoir recours à la miséricordedivine et encore davantage en ces temps où la famille est déstabilisée par des conduites personnelles et malmenée par des pratiques sociologiques et des lois civiles qui la déshumanisent. Un contexte qui complique les relations entre les personnes.
2 – 1 La famille est une histoire
La famille, composée uniquement,faut-il le rappeler, par un homme et une femme, est le lieu où se transmet la vie à travers la succession des générations. Elle forme la cellule de base de la société sur plusieurs lignées où se croisent les différents âges de la vie. Elle est ainsi sécurisante pour tous ses membres jusqu’au moment où des ruptures se présentent qui pèsent sur l’équilibre de chacun. Vivre dans une famille brisée où ne pas avoir de famille est toujours une épreuve. Cela se comprend car la famille donne la possibilité d’être accueilli et reconnu sans conditions. Une double attitude que l’on a parfois tendance à oublier dans un univers individualiste qui cherche plus à exclure qu’à vraiment accueillir, comme le rappelle souvent le Pape François. Ainsi, on ne veut pas être dérangé par l’enfant à naître sous le prétexte qu’il n’arrive pas au bon moment, par une personne porteuse d’un handicap ou encore parce que l’autre déçoit et ne correspond pas à ce que l’on voudrait recevoir de lui. Si la famille perd ce sens de l’accueil inconditionnel, il lui sera difficile d’être attentive au sens de la miséricordeà moins que la découverte de celle-ci lui permette de mieux correspondre à la vertu de l’accueil. La famille est le lieu privilégié où s’apprend le sens de la bienvenue.
Le rôle de la mère est ici important puisque c’est elle qui symbolise le sens de l’accueil. Elle porte et donne la vie là où des entreprises idéologiques veulent la priver de cette dimension. En agissant ainsi, ne voit-on pas que l’on déshumanise l’un des rôles de la femme et que l’on prépare les malheurs du monde quand ce dernier ne sait plus développer le sens de la générosité de l’accueil de l’enfant. Mais si le rôle de la mère est essentiel, pour autant il ne fait pas tout ; le père a également une place à tenir pour protéger et insérer les enfants dans la réalité. Sans la présence du père, c’est comme s’il manquait un toit à la maison et un tuteur pour grandir. Son absence est souvent une source d’insécurité aussi bien pour les enfants que pour la mère ; ce qui fragilise les uns et les autres. Enfin la fratrie composée de frères et de sœurs et également déterminante pour souligner le sens de l’accueil inconditionnel. Les autres sont un soutien grâce auxquels s’apprennent, dans le meilleur des cas, le sens de la solidarité, de l’entraide et de la cohésion si nécessaires pour consolider et socialiser la personnalité des uns et des autres. Les familles nombreuses sont une grande richesse pour le développement psychologique, social et spirituel de chacun.Elles s’inscrivent dans une histoire intergénérationnelle que l’on se plaira à se remémorer comme pour revenir à la source d’événements, de rencontres et de relations qui font vivre.
2 – 2 La famille est un chantier permanent
La famille est un lieu d’apprentissage du sens de la relation, de l’intelligence et de la maîtrise de soi pour ne pas se laisser aller à ses humeurs, à ses pulsions et à ses émotions du moment que l’on fera supporter aux autres. Elle est également le lieu de l’éveil spirituel et de la transmission de la foi chrétienne grâce à une rencontre personnelle avec le Christ. L’éducation parentale saura y être attentive. Elle estparfois le lieu des joies et des angoisses de la vie. Les moments de joie sont fondateurs à travers la célébration des mariages, de la naissance et du baptême des enfants, des anniversaires de toutes sortes, de la rencontre des fratries et des cousinades mais aussi de la fréquentation des amis. C’est encore une façon de veiller à développer le sens des autres dont chacun a besoin pour vivre puisque chaque personne est un être de relation qui se forme grâce à sa famille.
La famille connaît aussi des épreuves, des souffrances et des impasses. Il suffit de penser à toutes les familles qui vivent des histoires cassées, des séparations et des divorces avec des enfants qui sont tiraillés entre père et mèredans des itinéraires compliqués. Ces épreuves sont aggravées avec le retour à la casuistique. En effet, comme l’écrit Mgr Michel dans une note personnelle : « Le retour de la casuistique qui prétend permettre aux moralistes d’examiner et de résoudre des cas de conscience vient déboussoler les fidèles. Peu à peu s’étiolent les règles de conduite issues de la volonté du Seigneur et transmises par le Magistère de l’Eglise. Nous sommes aujourd’hui dans une situation difficile. Inutile de fermer les yeux. L’Eglise est interpellée jusque dans ses fondements. Ceux-ci se trouvent explicitement définis et proclamés dans l’Ecriture Sainte, l’enseignement de Jésus et le Magistère pluriséculaire de l’Eglise. Nous constatons cependant que les positions défendues et enseignées aujourd’hui par des Pasteurs et des Théologiens aspirent à des changements radicaux dans la pastorale et la doctrine de l’Eglise sur la Famille. La rupture s’installe entre la vérité et l’action. Il n’y a plus de référence à la vérité, ni à l’autorité qui garantit la vérité. La transgression finit par être abolie, puisqu’ont été rejetés les repères moraux donnés par Dieu aux hommes. Le dernier Synode sur la famille (Octobre 2014 – Octobre 2015) a mis en évidence une pugnacité réformatrice dont la volonté et la détermination égalaient à un ouragan dévastateur. Certes personne ne voulait changer le contenu de la Doctrine, mais la proposition pastorale mettaient en sérieuse difficulté l’enseignement de Dieu et de l’Eglise. Combien sont-ils les pasteurs de tout rang à vouloir faire allégeance aux puissants de ce monde, même si c’est en douceur et sans qu’il soit nécessaire de jurer publiquement fidélité aux valeurs de la nouvelle éthique mondiale promues par l’ONU et les gouvernement des Etats-Unis et de l’Union Européenne. En poussant à faciliter le « re-mariage », les néocasuistes apportent leur caution à tous les acteurs politiques qui minent le respect de la via ainsi que la Famille. Avec eux, les déclarations de nullité seront aisées, facilitées et rapides, comme le seront les mariages à répétition. Comme vous le constatez, les néocasuistes portent grand intérêt aux cas des divorcés « remariés ». Comme pour d’autres cas, les étapes de leur démarche offrent une belle illustration de la « tactique du Salami » (Matyas Rákosi). Dans cette tactique, on accorde tranche par tranche ce que l’on ne concéderait jamais en bloc. Observons bien le processus : Première tranche : Au point de départ on trouve, bien entendu, des rappels de l’enseignement des Saintes Ecritures et la Doctrine de l’Eglise sur le mariage. Deuxième tranche : On insiste sur les difficultés à accueillir cet enseignement qui indique non un arche de Dieu, mais « un idéal à atteindre ». Troisième tranche : en forme de question : Les divorcés remariés sont-ils en état de péché grave ? Quatrième tranche : Voici l’entrée en scène du directeur de conscience, qui aidera les divorcés « remariés » à « discerner », c’est-à-dire à choisir ce qui leur convient dans leur situation. Ce directeur de conscience devra se montrer conpréhensif et indulgent. Il devra faire preuve de compassion, mais de quelle compassion ? Pour le casuiste, en effet, lorsqu’on procède à la qualification morale d’un acte, le souci de la compassion doit l’emporter sur les actions objectivement mauvaises : il faudra être clément, s’adapter aux circonstances. A la Cinquième tranche de salami : chacun pourra discerner, personnellement et en toute liberté de pensée, ce qui lui convient le mieux. En effet, en cours de route, le mot « discernement » est devenu équivoque, ambigu, confus. Il n’est pas à prendre au sens paulinien où St Paul nous dit : « Ne vous conformez pas au monde présent. Mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rm 12,2).
« Et voici ma prière : que votre amour abonde encore, et de plus en plus, en clairvoyance et en vraie sensibilité pour discerner ce qui convient le mieux » (Ph 1,9ss ; cf. 1Thes 5, 19ss).
Chez les néocasuistes, il ne s’agit pas de chercher la volonté de Dieu, mais de discerner le bon choix, celui qui maximisera le chatouillement des oreilles, et faire plaisir aux gens (cf. 2Tm 4,3). Dire la vérité ne fait pas partie du rôle du casuiste. Celui-ci doit captiver, présenter un discours charmeur, faire le beau, rendre le salut aisé, ravir ceux qui aspirent à mettre en veilleuse toute référence au péché.
Il me semble que nous sommes loin de la volonté et de la miséricorde divine, et lesnéocasuistes provoqueront une grave brisure de l’unité de l’Eglise, et prennent le risque de multiplier le difficultés. »
D’autres difficultés peuvent se présenter comme des problèmes de santé, la perte d’un travail, des conflits d’intérêts entre membre d’une même famille, des jalousies, des médisances, des accidents et des imprévus qui viennent désorganiser la vie familiale. Sans oublier les épreuves de l’infertilité provisoire ou de la stérilité, celle du célibat contraint ou encore du veuvage lorsque des époux ou des épouses se retrouvent seuls à la suite du décès de l’un ou de l’autre. Il faut également mentionner les mères célibataires qui exercent de lourdes responsabilités et disposent de peu de moyens pour être aidées et soutenues.Les politiques sociales en direction de la famille doivent en avoir le souci pour donner à ces familles la sécurité dont elles ont besoinpour assumer de manière responsable et efficace leur mission si importante, celle de la formation et de l’éducation des futurs citoyens de la Société.
Au milieu des joies et des afflictions de l’existence, la famille est un beau chantier permanent de sa vie personnelle. Elle est une tâche à réaliser au quotidien dans le concret des événements et des situations qui se présentent. Un chantier ouvert qui implique des choix personnels et des choix sociaux de la part de la société.
La famille permet à chacun de trouver les chemins de l’amour. La joie de l’accueil fait grandir l’autre, il ouvre au sens du pardon à l’image du Père du fils prodigue (Luc 15) et cultive le sens de la relation puisque nous sommes confiés les uns aux autres. Nous connaissons en son sein, les plus grandes joies et les grandes épreuves. Il n’est pas toujours facile de vivre en famille, même si aujourd’hui elle est la réalité la plus recherchée par de nombreux jeunes qui veulent trop rapidement constituer une famille avant même d’être mariés. N’espèrent-ils pas reconduire une situation familiale infantile sans avoir à créer leur propre vie familiale à travers le lien matrimonial ou ne cherchent-ilspas à établir une sorte de famille idéale, sans lien matrimonial, pour compenser des manques familiaux. Vaste question que nous laissons ouverte.
2 – 3 Dieu est au fondement de la vie familiale qu’Il renouvelle à travers la miséricorde
Adam et Ève ont formé une famille dans la complémentarité de l’homme et de la femme. Il ne peut pas y avoir de mariage et de famille en dehors de cette altérité,là où la société nous propose des mascarades de mariages en tous genres qui sont une insulte faite à la vérité de la vie conjugale et familiale. Toutes les formes de relation, ne sont pas sources de vie. Quand on triche avec la réalité et que l’on institue des conduites déviantes de façon incohérence, immanquablement, cela se retourne un jour ou l’autre contre l’humanité avec son lot de violences et de souffrances. Ces déviances nous rappelant, si besoin était, que l’amour a besoin d’être sauvé. Le premier couple qui ouvre l’histoire dans la Bible, nous présente la réalité de l’amour comme une source de vie fondé sur le sens de l’altérité de l’homme et de la femme, mais qui est vite détruit par le mensonge. Le désir n’étant plus maitrisé, la relation perd en sécurité et se transforme en jalousie qui peut aller jusqu’au meurtre. Sommes-nous en train de perdre cette grande leçon de l’histoire biblique ?
Dieu est Amour, ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu. Mais c’est Lui qui nous a aimés le premier (1 Jan 4, 10. 19).
Dieu est donc à l’origine de l’amour et, de ce fait, il en garanti la fidélité et donc sa sécurité. Il s’engage dans une promesse pour sauver l’amour blessé en le fondant sur une alliance de fidélité avec Lui. La Bible tient des propos réalistes quand elle décrit des histoires familiales blessées et parfois hors normes où le péché abonde comme pour mieux montrer que le salut est adressé à tous dans la plus grande miséricordede Dieu.C’est le douloureux cas du Prophète Osée, dont l’expérience mystique fondamentale lui a fait découvrir un aspect nouveau de Dieu. Osée, dans une vie conjugale troublée, a connu le poids de l’amour trahi, la blessure des enfants adultérins, mais a eu aussi la force de connaitre le pardon et sa puissance purificatrice. Toutes ces épreuves personnelles lui ont appris à regarder le Seigneur d’un œil nouveau : c’est l’expérience même du pêché, et de l’amour de Dieu plus fort que le pêché et qui fait miséricorde. Jésus viendra lui-même au cœur de cette réalité humaine. Il suffit de lire sa généalogie citée chez saint Matthieu et chez saint Luc pour en convenir et voir nommer des personnes et des situations problématiques et immorales. Le Christ vient ainsi saisir l’humanité au cœur de son péché pour le salut de tous. Tel est l’enjeu de la miséricordedivine qui doit rejaillir sur nos familles où règnent parfois la jalousie et la discorde.
Chapitre 3 – Jésus nous apprend à aimer et à développer le sens de la Miséricorde
Jésus est né dans une famille ordinaire au milieu d’un père et d’une mère qui s’adonnaient aux tâches de la vie quotidienne. Il était également en lien fraternel avec une cousinade : une famille qui sert de modèle de référence face à de multiples situations diverses et variées. Sur les routes de Palestine, Jésus réaffirme le projet de Dieu dans sa prédication en soulignant que l’homme et la femme sont appelés à s’aimer et à s’engager dans un lien matrimonial irréversibleet indissoluble. On voudra le confondre pour le mettre en contradiction avec Moïse. Il ne se laissera pas ainsi entraîner dans une impasse en précisant que la loi de l’amour est privilégiée par rapport à la loi de la répudiation qui est inégalitaire. Il invite le peuple de Dieu à faire un pas de plus là où, à l’époque de Moïse, sa compréhension restait limitée.
« Lorsque Jésus eut achevé ces discours, il quitta la Galilée, et alla dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain.
2 Une grande foule le suivit, et là il guérit les malades.
3 Les pharisiens l’abordèrent, et dirent, pour l’éprouver : Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour un motif quelconque ?
4 Il répondit : N’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme
5 et qu’il dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair ?
6 Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. (Matthieu 19.1-6). »
Le Christ refonde ainsi la vie matrimoniale sur le sens de la fidélité, de l’égalité et de la dignité de l’amour entre l’homme et la femme. On ne peut pas renvoyer l’autre pour n’importe quel motif. Certes, il existe un écart entre le projet de Dieu et ce qui se vit parfois de l’amour du fait de l’endurcissement du cœur humain. Il est une source de tension et de mauvaise compréhension, mais il est également un sujet de réflexion, d’effort et de conversion afin de mieux correspondre à la richesse de l’amour et de la miséricordedivine.
Jésus est venu sauver l’amour humain. Il nous invite à vivre de l’amour de Dieu à travers le sens de la fidélité, de la paix et du pardon. Ce sont les vertus de l’amour divin qui se réalisent au cœur de la vie familiale. Il les vivra dans sa famille de Nazareth mais aussi au contact des autres familles, comme celle de Marthe et de Marie et de leur frère Lazare, avec celle de l’apôtre Pierre. Il croisera également la samaritaine qu’il invitera à se redresser et à changer radicalement de vie et de conduite, mais aussi Zachée et la veuve de Naïm. Confronté à diverses situations familiales, Jésus aura toujours une parole éclairante sur le vécu de chacun pour l’appeler à se hisser et à se convertir au sens de l’amour donné par Dieu. Il est loin d’être insensible à la fragilité des sentiments qui fausse le sens de l’amour notamment à travers la jalousie et le mensonge. Quand il accède au cœur d’une personne, Jésus le renouvelle dans le sens de l’amour et le sauve. Nos familles ont besoin d’entendre et de recevoir la miséricordedivine qui renouvelle nos liens de fidélité.
Chapitre 3 La famille lieu privilégié de la miséricordedivine
Le modèle de la vie familiale renouvelée par la miséricordeest celui de la parabole du fils prodigue accueilli par le père. Il s’est levé pour retourner vers son père et solliciter son pardon afin de se réconcilier dans l’unité de la relation familiale. Avant même qu’il puisse demander la miséricorde de son père, celui-ci le prend dans ses bras et le comble de bienfaits là où son frère ainé, resté pourtant fidèle, entretient la jalousie et la division.
La famille est ainsi le lieu de l’appel de Dieu à la miséricordeet de l’appel à aimer vraiment. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en son sein la famille est par définition une réalité fondée sur l’accueil de la vie. Fondée sur l’Évangile, elle éduque au sens du pardon et appelle à dépasser les conflits, les mensonges et les trahissons. Le Dieu de toute miséricordenous signifie que notre vocation est d’apprendre et de savoir aimer à l’image de la Sainte Trinité. Le Christ est ainsi au cœur de la vie familiale, il est le cœur de nos gestes et de nos attitudes que nous cherchons à développer dans la confiance et dans la vérité.
3 – 1 Aimer à la façon de Dieu
Dans son hymne à l’amour, saint Paul exprime comment notre vocation de chrétien est d’aimer. Reprenons ce texte :
« 01 J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
02 J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
03 J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
04 L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
05 il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;
06 il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
07 il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
08 L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.
09 En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
10 Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
11 Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
12 Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
13 Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »(1 Cor 13, 1-13)
La charte chrétienne de l’amour de Dieu à réaliser dans notre vie quotidienne, se trouve ainsi résumée dans les propos de saint Paul. Une façon d’apprendre à aimer à l’image de Dieu. Ce texte résume le désir d’être aimé et d’aimer que le Créateur a déposé dans le cœur de l’homme. Mais les sentiments humains, les divers attraits et les humeurs de toutes sortes, prennent parfois le pas sur le sens de l’amour. Celui-ci n’est pas évident surtout quand il se confond avec les intérêts premiers de chacun. Il est un terme piégé dans lequel chacun met ce qu’il veut au lieu de s’ouvrir à son véritable contenu. Il n’y a que Dieu qui puisse nous initier à son amour car redisons-le, par nos propres moyens, nous n’y parviendrons pas ; l’amour est une grâce divine qui se reçoit. En effet, il est l’expression de la révélation divine et de l’enseignement du Christ. Il demande une connaissance de ce qu’il représente, un apprentissage pour l’exercer et un effort pour se maintenir dans cette réalité. En dehors de l’amour de Dieu rien n’est tenable et rien n’est vraiment authentique. Certes, il est possible de s’en approcher puisque Dieu l’a déposé dans l’âme humaine mais il peut vite être limité et faussé sans qu’il puisse se déployer dans sa véritable mesure. Tout ce que nous faisons en dehors de l’amour de Dieu, est perdu, cela ne sert à rien.
Ainsi rappelons-nous ces exigences évangéliques qui nous ouvrent à la vie : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. »
Saint Paul nous dit que l’amour est plus grand que tout et que tout ce qui aura été réalisé au nom de l’amour de Dieu ne passera pas ; le reste partira comme poussière. C’est pourquoi l’amour est source de la miséricordedivine qui doit irradier la vie familiale. Le Christ est venu sauver l’amour afin de nous permettre d’aimer et de nous relever au nom de l’amour de Dieu, et de relever autrui au nom de la miséricorde.

3 – 2 La famille est un lieu de croissance humaine et spirituelle grâce à la miséricorde
Dans le meilleur des cas, la famille est le lieu où se reçoit et se vit l’amour de Dieu. Les époux le partagent et parce qu’ils en sont les premiers acteurs, leur expérience irradie les enfants qui se savent aimés par leurs parents. Une expérience décisive car la famille favorise l’insertion socialedes enfants à partir de leur père et mère, de la fratrie, de leurs grands parents, des oncles et tantes, des cousins et des cousines des deux lignées, mais aussi à travers les amis de la famille et des autres enfants.
L’amour rayonnant ainsi permet le développement de belles personnalités malgré des blessures qui ont été assumées et dépassées. Il est utile de rappeler qu’il n’est pas bon de se complaire dans une posture de « victimes » de ses parents, de sa fratrie, de son éducation et des autres car cela ne permet pas de devenir libres, autonomes et paisibles. Tout le monde peut commettre des erreurs, voire des fautes dans une famille : est-ce une raison pour être dans un état de procès permanent ? Il faut savoir les reconnaître, les accepter et les dépasser pour ne pas rester enfermés dans les ressentiments ou dans les illusions du passé. Le temps du pardon et de la miséricordedoit aussi faire son œuvre, au moins dans le cœur de chacun afin d’être en paix avec soi-même et avec les autres. Nous sommes dans une société victimaire qui cherche des coupables et des boucs émissaires. Parfois dans la famille mais aussi dans les médias, on se complait dans ce jeumalsain de la petite phrase manipulée et mise en exergue et surinterprétée qui condamne son prétenduauteur. On se prête aussi au jeu de la dénonciation quand ce n’est pas à celui de la médisance et de la calomnie, en reconstruisant des situations, des événements et en jetant en pâture à la face des autres ou dans l’opinion publique,le nom de personnespour qu’elles soient jugées et condamnées avant même que la justice fasse son travail. Ces comportements médiatiques indignes en forme de tribunal populaire,nous font revenir aux pires heures d’une société sans justice. Notamment lorsque celle-ci se décidait selon le bon vouloir du prince alors qu’àprésent elle se décide selon le bon vouloir des médias ; et non pas au nom de la loi comme l’a voulue la loi ecclésiale, qui a servi de matrice à l’avènement de la justice moderne enquêtant à charge et à décharge. N’oublions pas que justice et miséricorde, comme vérité et amour, et comme pardon et réconciliation forment des couples indissociables indispensables pour la sécurité de chacun et de tous. Divers conflits familiaux peuvent se présenter à l’occasion d’incompréhensions, de gestes et de phrases mal interprétés. C’est particulièrement vrai à l’occasion d’une séparation, d’un divorce ou encore d’un héritage quand des personnes se déchirent et prennent le prétexte du partage des biens pour régler des conflits relationnels, des crises de jalousie et des frustrations affectives. La passion prend le pas sur la raison et sur le sens de l’amour qui exige que l’on ne porte pas atteinte à l’autre, à son honorabilité et à ses intérêts.Les blessures familiales sont souvent les plus pénibles et les plus durables quand on oublie de prendre soin de l’autre en vérité. Mais revisitées à la lumière de la miséricorde divine, elles peuvent être source de conversion et d’un rétablissement relationnel bénéfique aux uns et aux autres. Savoir demander pardon ou encore accepter de recevoir la demande de pardon de l’autre (ce qui n’est pas toujours facile), n’est-ce pas une façon de se retrouver ensemble devant la miséricorde divine qui nous inspire afin de nous réconcilier ? La miséricorde est une invitation à grandir spirituellement.
3 – 3 La miséricorde est l’apprentissage de l’amour
Les blessures de la vie, qui peuvent parfois se vivre dans la famille, sont l’occasion de nous reprendre afin de mettre en œuvre l’amour que Dieu a déposé en nos cœurs ; amour qui peut être recouvert de diverses scories. Tous les baptisés sont appelés à vivre la famille à la façon du Christ. Nous devons nous laisser toucher par cette grâce et lorsque cela survient, notre témoignage s’en trouve renforcé, aussi bien pour notre entourage que pour tous les autres. La miséricorde est ainsi communicative, elle nous permet d’approcher à travers la générosité humaine, ce que Dieu veut de bien pour nous. Notre vocation est celle de répondre à l’amour de Dieu.
C’est pourquoi, la famille est également un lieu par excellence où se développent les vocations sacerdotales et religieuses aussi bien à travers le manque de Dieu en son sein qu’à travers le vécu chrétien des parents et des membres du milieu familial. Vivre auprès de parents qui s’accordent dans la charité du Christ, qui prient, participent à la liturgie de la communauté chrétienne pour faire Église et ouvrent leurs enfants à l’espérance de l’Évangile, enracine chacun dans la fidélité à Dieu. Une fidélité qui fait vivre et donne la vie. Elle implique une éducation.
3 – 3 Éduquer au sens de l’amour et de la miséricorde
La miséricorde nous révèle le visage de Dieu dans l’enseignement du Christ. Nous devons en avoir une bonne intelligence pour la comprendre et la transmettre aux autres à commencer par les enfants.
Beaucoup ignorent ce qu’est l’amour en le confondant avec des émotions et des pulsions ;celles-ci ont vocation à être maitrisées et orientées. Lorsqu’elles ne le sont pas, cela accentue la fragilité personnelle et favorise les passions. On se croit libre d’agir et de faire ce que l’on veut sans avoir conscience que l’on est prisonnier de soi-même et de sa suffisance. Si les sentiments sont des composants essentiels à la relation, ils ne sont pas pour autant systématiquement évocateurs du sens de l’amour. Encore faut-il savoir développer les aspects essentiels de l’amour : le sens du respect, de la fidélité et de la responsabilité à l’égard de l’autre.
Le Christ éclaire le sens de la vie conjugale et familiale en nous révélant ses exigences qui la rendent possible. Un amour conjugal si décisif aujourd’hui alors que l’amour familial est fragilisé par des mésententes, des conflits conjugaux et des ruptures faciles, et souvent quasi impulsives. Développer le sens de la miséricorde vient renforcer le lien entre le père et la mère et, de ce fait, la relation entre tous les membres de la famille.
Il est donc important d’éduquer au sens de l’amour qui ne dépend pas de l’instabilité des sentiments, mais de la nécessité de s’appuyer sur l’amour reçu de Dieu : un trésor que nous avons sans cesse à découvrir.
L’éducation au sens de l’amour et de la miséricorde débouche nécessairement sur le sens de l’estime de l’autre et de la vie.Une attitude qui se résume à travers l’éducation au sens du respect de l’autre, du respect de la vie en son commencement jusqu’à son terme. Dieu intervient toujours pour donner la vie. Nous sommes appelés, comme gardiens de la vie, à l’accueillir, à la respecter et à l’accompagner avec tous les moyens qui sont donnés pour soulager les souffrances humaines : qu’elles soient physiques, psychologiques ou morales. Accompagner la vie, même avec ses handicaps, c’est une façon de témoigner de la fécondité de la faiblesse et de la fragilité de chacun qui nous humanise. Il y a ainsi des personnes que nous avons à accueillir et à rencontrer qu’en traversant leur fragilité personnelle qu’elles vivent dans leur existence. La solution n’est pas de les exclure ou encore d’abréger leur vie, voire de les empêcher de naître comme c’est parfois le cas des enfants trisomiques. Le mystère chrétien, le Christ nous le révèle, accueillir et accompagner la vie, ce n’est pas sélectionner les personnes selon des critères de vie ou de mort qui nous arrangent, mais parce qu’elles existent avec leur propre charisme. Du fait de leur présence, elles ont un sens que nous avons à assumer.
Le Christ nous révèle les chemins de l’amour et de la miséricorde que nous avons à découvrir et à vivre en famille. Pour cela nous avons besoin de nous ressourcer régulièrement avec les sacrements de l’Église. La prière en famille, la participation à la communauté chrétienne locale et dans le partage de la célébration eucharistique, la fréquentation du sacrement de la Réconciliation, situera chacun dans la dynamique du baptême, du sacrement de confirmation et du mariage.
La famille forte du sens de l’accueil et du pardon, pourra ainsi devenir une famille ouverte sur les autres et sur les autres familles. La famille, comme toutes les autres réalités humaines, n’est pas un absolu au risque de se replier sur soi-même. Elle ne peut pas combler tous les désirs d’amour au détriment de ce que Dieu peut encore nous donner. Nous n’aurons jamais fini de recevoir les richesses inépuisables de la miséricorde divine. Nous devons éviter de nous replier sur des égoïsmes familiaux qui ne sont pas ordonnés aux appels de Dieu afin de prendre part à l’édification de la famille humaine. Nous aurons ainsi à cœur de soutenir toutes les familles et en particulier celles qui sont dans la précarité.
Conclusion
Je vous invite à rendre grâce à Dieu de nous avoir donné la famille comme le lieu privilégié du don de son amour, représenté par l’altérité de l’homme et de la femme, notre père et notre mère, dont la vie conjugale est l’icône de Dieu. La famille qui précède toutes les réalités politiques et sociale, fait partie du plan de Dieu. Nul ne peut la détourner de sa nature et de sa finalité dans des mascarades de mariage. Toute l’Afrique doit se lever comme un seul homme, et promettre de coopérer avec Dieu et tous ceux qui portent le souci des valeurs humains pour rejeter catégoriquement toutes les mascarades de mariage de personnes de même sexe que l’Occident décadent planifie de nous imposer par des stratégies, la pression politique et la corruption financière et médiatique. L’Afrique doit défendre la famille et le mariage, tels que voulus par Dieu. La famille est la richesse la plus précieuse de l’humanité. Elle est un lieu de bonheur qui enracine dans une histoire et dans la succession des générations même là où l’on connaît les manques et les péchés de certains de ses ancêtres et de soi-même.Mais la miséricorde de Dieu ne saurait s’arrêter à toutes ces faiblesses humaines. Il est toujours possible de renaître grâce au pardon de Dieu et à celui que l’on donne et que l’on reçoit des autres.
La famille est une histoire qui nous constitue et se déploie dans nos fragilités, dans le courage face aux épreuves de la vie quotidienne et dans les délicatesses dont nous faisons preuve à l’égard des uns et des autres. Chaque étape est comme un défi à relever à la lumière de la miséricorde divine.Dans la famille on prend le temps d’aimer, de se reprendre et se demander pardon à l’image de Dieu qui accueille le fils prodigue.
L’amour s’exprime ainsi dans la relation conjugale et familiale comme nous rappelle saint Paul : « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient. Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle. Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ; cela est beau dans le Seigneur. Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. » (Colossiens 3, 18-21). Saint Paul nous invite à développer une solidarité conjugale et familiale qui rend la vie durable et paisible.
Dans les mentalités contemporaines il y a une sorte de peur à l’idée d’avoir une vie constante et irréversible avec l’autre :comme une peur à l’idée de vivre ensemble pendant de nombreuses années. D’où la question de certains jeunes : mais comment peut-on aimer et vivre avec la même personne pendant 50 ans et parfois plus ?Le sous-entendu est de se dire « tant que tout va bien, je t’aimerai. Mais à la moindre crise, je ne suis pas sûr d’être là. ». Il nous faut donc résister à la vision idéaliste de personnes engagées dans une vie conjugale et familiale qui seraient lisses et ne rencontreraient aucun problème. Nous devons également lutter contre cette attitude de peur de l’autre, peur de l’engagement et de l’attrait pour la culture du jetable.Or c’est justement dans les épreuves que la vérité de la relation se vérifie. Elle se conforte également grâce au pardon donné et reçu dans la miséricorde.
En étant dans cet état d’esprit, nous sommes progressivement introduits dans la famille de Dieu où dès maintenant et dans l’éternité nous aimerons comme Dieu nous aime ; plus rien ne fera obstacle à cet amour. C’est pourquoi nous devons nous rappeler cette maxime de sainte Thérèse de Lisieux : « Aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même ».

[1]Cf. Benoît BERTRAND in Familles et vocations, n. 127, 2007 « Dans les documents magistériels postconciliaires, le thème de l’Église domestique est fréquemment repris et amplifié, tant dans ses fondements spirituels que dans ses implications pastorales. Paul VI, dans un discours du 4 mai 1970 aux Équipes Notre-Dame, applique l’expression « Église domestique » au couple chrétien lui-même 11. Quelques années plus tard, sans l’usage de l’analogie, le Pape attirera l’attention sur ce titre en affirmant : « Elle est une Église domestique. Par son honnêteté morale… par son origine sacramentelle… par sa déontologie… la famille chrétienne représente et constitue une petite Église, un élément de la construction unique et universelle qui est le Corps mystique du Christ dans son entier 12. » Paul VI reprendra, une nouvelle fois, ce thème dans sa fameuse exhortation apostolique Evangelii nuntiandi : « Elle [la famille] a bien mérité, aux différents moments de l’histoire, le beau nom d’ ”Église domestique” […]. Cela signifie que, en chaque famille chrétienne, devraient se retrouver les divers aspects de l’Église entière 13. »
Jean-Paul II abordera, lui aussi, fréquemment le thème de la famille dans ses enseignements. Déjà, le 21 octobre 1963, le cardinal Karol Wojtyla était intervenu dans les débats conciliaires en apportant son soutien à ceux qui souhaitaient donner, à la famille, le titre d’« Eglise 14 ». Cette expression ancienne plaisait à Jean-Paul II. Elle apparaîtra souvent dans ses propos lorsqu’il montrera que la famille chrétienne doit être, comme telle, une communauté croyante et évangélisatrice, en dialogue avec son Seigneur, au service de tout homme, au service de tout l’homme. Dans Christifideles laici, le Saint-Père mettra en valeur quelques aspects permettant de souligner la dimension ecclésiale de la famille chrétienne : elle participe à la vie et à la mission de l’Eglise universelle, elle forme au sens de l’Église, elle est une école pour former la foi dans laquelle les parents possèdent, par grâce sacramentelle, un ministère pour l’éducation chrétienne de leurs enfants. Si, parfois, Jean-Paul II gomme l’analogie 15, le plus souvent, il la respectera. Ainsi en Familiaris consortio : « La famille chrétienne est appelée, à l’image de la grande Eglise, à être un signe d’unité pour le monde et à exercer dans ce sens son rôle prophétique, en témoignant du Royaume et de la paix du Christ, vers lesquels le monde entier est en marche 16. » Dans Pastores dabo vobis, le Pape citera la proposition 14 des Pères synodaux. Mais, cette fois, l’expression utilisée sera plus ambiguë : « la famille chrétienne, qui est véritablement comme une Eglise domestique 17 ».
[2] Pape François, encyclique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013.
[3] Pape François, Exhortation apostolique Amoris Laetitia, 2016.
[4] Pape François, Angélus du dimanche 24 juillet 2016.


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